Airbus ouvre le bal

Avant même le déclenchement de la crise financière, le secteur de l’aéronautique pâtit sous l’effet de la flambée du prix du pétrole qui s’était rapproché du seuil des 150 dollars. Si des compagnies aériennes avaient tout simplement déposé bilan et que d’autres avaient réduit leurs activités en annulant des vols, il se trouve que des fabricants d’avions avaient pris au sérieux l’appréciation du prix du pétrole, et ont envisagé déjà des remèdes pour leur survie. Airbus qui avait annoncé la délocalisation de certaines de ses activités et avait choisi la Tunisie pour ce redéploiement, vient de confirmer la construction d’une usine « low cost » à Tunis. En effet, la nouvelle filiale d’EADS, Aerolia qui regroupe depuis le début de cette année les anciennes usines Airbus de Méaulte et de Saint-Nazaire ville (Loire-Atlantique) ainsi que les bureaux d’études de Toulouse, ouvrira cette année ce projet, avait déclaré son nouveau Président, Christian Cornille, lors d’une conférence de presse à Saint-Nazaire, le 13 janvier. Défendant cet acte d’investissement hors Hexagone, le patron d’Aerolia avait affirmé que l’objectif est de créer un système industriel complet, dans lequel tous les sites sont complémentaires et non concurrents les uns des autres : « C’est d’ailleurs pourquoi nous avons créé une filiale en Tunisie, et non pas fait appel à la sous-traitance.».
La filiale tunisienne emploiera 700 salariés à l’horizon 2014, a dit Christian Cornille. Elle sera spécialisée dans la fabrication de petits sous-ensembles aéronautiques.

Par ailleurs, Aerolia qui dépend actuellement à 98% de l’avionneur Airbus, tentera de diversifier son portefeuille clients en direction de Boeing, Bombardier et Dassault. Cette stratégie décennale visant 40 à 50% de nouveaux clients, autres qu’Airbus, devrait porter le chiffre d’affaires d’Aerolia à un niveau plus haut, sachant qu’elle projette de réaliser 800 millions d’euros en 2009.

A notre avis, cette stratégie ambitieuse d’Aerolia est intimement liée à l’entrée du site Tunis dans leur système. Ce sont les avantages comparatifs en termes de coûts de revient des sous-ensembles qui seront fabriqués en Tunisie qui permettront aux autres sites historiques en France, non seulement de mieux résister, mais aussi de se développer et augmenter leur production et donc leur chiffre d’affaires, du fait de la diversification des commandes en provenance des autres avionneurs attirés par la compétitivité des prix d’Aerolia.

De plus en plus de grands industriels européens choisissent d’investir en zone dollar qu’en zone euro pour contrer la faiblesse du dollar face à l’euro, ce qu’affirme Ernest-Antoine Seillière, le patron des patrons européens. Rester compétitif devient très compliqué. «La situation est difficile pour les PME, car le moment viendra où elles ne pourront plus réduire les marges» pour rester compétitives, confirme Balbino Prieto, patron du Club des entreprises espagnoles exportatrices.
Pour ces industriels européens, l’envol de l’euro renchérit le coût de leurs produits sur les marchés étrangers, freinant du même coup leurs exportations, avec à terme le risque de perdre des parts de marché. Certains groupes n’hésitent plus à miser sur leurs sites installés en zone dollar, aux États-Unis ou dans des pays à bas coûts. «Le mouvement de délocalisation d’investissements d’entreprises en direction de la zone dollar est en train de s’accélérer», a constaté Yvon Jacob, président du Groupe des fédérations industrielles (GFI) françaises qui représente 150 000 entreprises et six millions d’emplois directs et indirects.
Les annonces de ce type se sont multipliées dans l’aéronautique. Le français Dassault Aviation veut accroître l’externalisation de la fabrication de ses avions d’affaires Falcon dans des pays à bas coût ou en zone dollar. Et Latecoère va investir 100 millions d’euros pour créer un parc aéronautique en Afrique du Nord, où un millier de salariés du groupe construiront des pièces simples. En décembre, le président de Dassault Aviation et du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), Charles Edelstenne, avait emboîté le pas du président exécutif d’EADS Louis Gallois, qui affirmait que le niveau du dollar était son «principal problème» et que s’installer en zone dollar devenait «le seul moyen».

Nous espérons et nous nous attendons à ce que d’autres entreprises de l’UE, grandes, moyennes ou petites, feront de même car ce genre d’initiatives est bénéfique pour les deux parties,  donc rentable sur le plan économique, mais aussi, action nécessaire pour la promotion de la stabilité, de la paix et de la prospérité en Méditerranée.
Thameur MAATOUG

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