Mondial 2010 : l’Algérie et le Maroc seront-ils au rendez-vous ?

 Moses Mabhida à Durban, l’un des stades qui accueilleront le Mondial 2010

 

 

 

Dans moins d’un an, l’Afrique vivra au rythme d’un évènement tout à fait exceptionnel : il s’agit de la CAN 2010 (Coupe d’Afrique des Nations) qui sera disputée en janvier prochain au Ghana et de la coupe du monde proprement dite qu’abritera six mois plus tard, soit plus exactement du 11 juin au 11 juillet, l’Afrique du Sud.

Les éliminatoires combinées, à l’échelle du Continent, pour ces deux rendez-vous doivent s’achever en novembre prochain. L’Afrique sera représentée au prochain Mondial par six équipes, à savoir celles qui arriveront en tête de leurs groupes (5) respectifs et, bien entendu, l’Afrique du Sud, en sa qualité de pays organisateur. Pour la CAN, les trois premiers de chaque groupe seront qualifiés. Le Sénégal, qui a fait sensation en 2002 en Asie, lors du Mondial organisé conjointement par le Japon et la Corée du Sud, sera l’un des grands absents à ces deux rendez-vous et le sentiment qui prévaut dans les milieux sportifs africains est qu’il ne faut pas s’attendre à des miracles. Loin de là …

   Sentiment légitime ? Oui si l’on en juge par la prestation tout à fait moyenne, pour ne pas dire médiocre, des représentants africains lors du Mondial allemand de 2006. Ce qui est tout à fait paradoxal d’ailleurs, c’est qu’au lieu de progresser, vus les énormes moyens qui lui ont été consacrés surtout au cours de la dernière décennie, aussi bien au Maghreb qu’ailleurs, le football africain a tendance, au contraire, à régresser d’année en année. A part quelques noms qui font toujours les beaux jours du football européen comme Samuel Eto’o, Michael Essein, Salomon Kalou, Papa Diop ou encore Didier Zokora, de grandes équipes comme le Nigeria, le Cameroun ou la Cote d’Ivoire,  qui ont provoqué par le passé de véritables séismes – footballistiques ceux-là – n’ont peut-être plus que le nom. D’ailleurs, le Mondial italien de 1990 est là pour nous le rappeler : disposant en match d’ouverture et à la surprise générale des Argentins, alors tenants du titre, les Lions indomptables du Cameroun étaient à deux doigts du grand bonheur, c’est-à-dire d’accéder aux demi-finales, s’ils ne s’étaient pas laissés surprendre par une Angleterre menée trois buts à un, voire humiliée, alors qu’il ne restait qu’une quinzaine de minutes à jouer.

Une belle brochette de professionnels

   Le constat est particulièrement vrai pour le Maghreb où les chances de qualification, surtout pour le prochain Mondial, sont jugées assez réduites.

   La Tunisie, qui s’est particulièrement illustrée lors du Mondial argentin, en 1978, en disposant du Mexique (3 à 1) et en tenant tête à l’Allemagne, avant de s’incliner face à la Pologne (1 à 0), se trouve dans le groupe B avec le Nigeria, le Kenya et le Mozambique. Certes, le Nigeria n’est plus un foudre de guerre. Mais ce sera un sérieux handicap pour les Aigles de Carthage.

   Le Maroc, premier pays africain à disputer une coupe du monde en 1970 et également premier pays africain à franchir, seize ans après, le premier tour (1986), se trouve dans le groupe A. Il aura pour adversaires le Gabon, le Togo et surtout le Cameroun. Ses atouts : un nouveau sélectionneur national, en la personne de Roger Lemerre, un vrai professionnel doublé d’un grand connaisseur du football africain et surtout une belle brochette de professionnels évoluant dans les plus grands clubs européens. A l’image du milieu de terrain de l’Ajax d’Amsterdam, Ismail Aissati, qui a exprimé le désir de porter les couleurs de son pays d’origine et avec lequel Lemerre aurait déjà pris contact, ou encore Nabil Zhar, qui évolue à Liverpool. Ces jeunes professionnels feront-ils parler d’eux en Afrique du Sud  comme l’ont fait certains de leurs aînés ? Le souvenir de Larbi Ben Barka, surnommé «larbi-le-surdoué» et qui a porté pendant quinze ans le maillot de la France, est toujours vivace. Celui que l’on a surnommé aussi la perle noire et qui est mort en 1992, est arrivé à Marseille en 1938. Une année après la seconde guerre mondiale, il a d’ailleurs débarqué en Espagne où il est devenu la vedette de l’Atletico de Madrid. La qualification dans ce groupe se jouera essentiellement, pensent les spécialistes, entre les Lions de l’Atlas et le Cameroun.

«Le football français décapité»

Reste l’Algérie qui, avec des joueurs talentueux comme Rabah Madjar, Lakhdar Belloumi et bien d’autres, a livré une brillante prestation lors du mondial espagnol (1982) et a failli même se qualifier pour le second tour n’eut été cette douteuse – c’est le moins que l’on puisse dire- rencontre Allemagne-Autriche. Elle se trouve désormais au 64 ème rang du classement de la FIFA. Les contre-performances des Verts, vainqueurs de la CAN en 1990, sont telles qu’une guerre ouverte a fini par éclater entre la FAF (fédération Algérienne de Football) et le ministère algérien de la Jeunesse et des Sports. Guerre à laquelle s’est joint d’ailleurs, quoique indirectement, le président de la FIFA, M. Joseph Sepp. Blatter, en affirmant, dans des déclarations à l’hebdomadaire Jeune Afrique : « On respecte les statuts de la FIFA ou on est dehors ». Se voulant plus explicite, il ajoute : «  Tout se passe bien du reste dans la majorité des pays. Il n’y en a que peu où les ministres des sports ne réalisent pas qu’ils ne sont pas ministres du football ».

   Le mécontentement du public sportif est d’ailleurs d’autant plus grand dans ce pays que le nom de l’Algérie s’est aussi toujours confondu avec celui de grandes stars du ballon rond. Composée en majorité de joueurs évoluant dans le championnat français, l’équipe du FLN (Front de Libération Nationale) est d’ailleurs née, faut-il le rappeler là encore, en 1958 à Tunis, soit cinq ans avant l’indépendance du pays en 1963. « A dix mois du Mondial 1958, écrit le Monde Diplomatique (août 2008), la nouvelle prend l’allure d’un séisme. Zitouni, meilleur arrière central de la planète, pressenti pour le Real Madrid, et Mahkloufi, l’homme qui «  a des yeux derrière la tête », ne feront plus partie de la sélection tricolore. Le football français est décapité. Les supporters français sont cois. Ces joueurs étaient adulés ».

   L’Algérie se trouve dans le groupe C avec le Rwanda, la Zambie et surtout l’Egypte, tenant du titre africain. Et c’est déjà la « guerre des primes » entre Alger et le Caire. Pour les Verts, chaque joueur recevra 100.000 euros en cas de qualification pour le prochain Mondial. Les responsables du football égyptien ont promis mieux : 150.000 euros.

   Quelle prestation attendre des uns et des autres ? Que le spectacle, le vrai spectacle, soit, en tout état de cause, au rendez-vous !

 

Moncef BEN AMOR

  

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