Obama : l’heure de vérité

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Parce qu’il a brisé le tabou d’une Maison Blanche à laquelle il était pratiquement impensable qu’un non-blanc puisse un jour accéder et parce qu’il est porteur plus d’une charte morale – dont le monde a grandement besoin- que d’un nouvel ordre au sens communément admis du terme, le nouveau président américain sera sans doute suivi, pour un certain temps du moins, dans ses moindres faits et gestes.

  Ses premières décisions ont valeur de messages. Elles éclairent sur ses intentions immédiates et futures .Elles sont édifiantes sur la manière dont il entend agir pour : primo, ne pas décevoir tous ceux qui, Noirs et Blancs, Démocrates et Républicains, lui ont fait confiance, en le portant au sommet du pouvoir. Secundo, mettre l’Amérique en harmonie avec elle-même en gommant, peu à peu, cette image de superpuissance arrogante et dominatrice privilégiant l’argument de la force à la force de l’argument qui lui colle désormais à la peau. Concrètement parlant, il s’agit pour lui de remplacer, peu à peu là encore, cette image d’une force brutale par celle d’une force tranquille à même de montrer la voie aux autres, dans le respect de ses propres valeurs et principes.

  Barack Obama hérite, il faut bien l’admettre, d’une situation  extrêmement difficile, voire tout à fait inédite depuis la seconde guerre mondiale – à l’exception du conflit vietnamien – et il lui faudra beaucoup d’énergie et de tact pour tenir ses promesses. Sa tâche ne s’annonce pas de tout repos. Loin de là. Triomphalement élu, la tentation pourrait être grande chez lui que d’essayer de battre le fer tant qu’il est chaud et d’entrer immédiatement dans le vif du sujet ? On est d’autant plus enclin à le croire que ses atouts sont, à première vue, loin d’être négligeables.

  En effet, Le nouveau locataire de la Maison Blanche est assuré, tout d’abord, de ne pas être contrarié par un Congrès qui lui est acquis d’avance, puisque à majorité démocrate. Cela pourrait éviter des batailles inutiles entre la Maison Blanche et le Capitole. Dans l’équipe qu’il a choisie pour gouverner et dont le trait dominant est qu’elle allie «rigueur et pragmatisme», Obama peut compter aussi sur deux figures bien connues de l’establishment politique américain et qui sont censées être bien au fait des arcanes du pouvoir à Washington. Il s’agit du secrétaire à la Défense, Robert Gates, qu’il a confirmé dans son poste – une première dans les annales US- et qui doit planifier le retour, dans les seize mois à venir, des 140.000 soldats américains encore déployés en Irak. Il se pourrait qu’il soit remplacé une fois l’opération achevée. Il y a lieu de citer également Hillary Clinton, son ancienne rivale pour l’investiture démocrate, dont la nomination – sous conditions – à la tête du Département d’Etat a suscité quelques remous. Pour éviter tout conflit d’intérêts, son époux Bill Clinton, ancien chef de l’Exécutif américain, a dû d’ailleurs rendre publique la liste des donateurs de sa fondation. Il s’est également plié à une autre exigence : soumettre à l’appréciation de la  Maison Blanche et du département d’Etat les textes de ses conférences facturées 425.000 dollars l’heure et qui lui ont rapporté, rien qu’en 2006, près de 10 millions de dollars US.

   Le choix de l’ancienne First Lady, l’une des cent meilleurs avocats aux Etats-Unis, a soulevé, en effet, foule d’interrogations. Obama a-t-il voulu la récompenser pour son précieux soutien lors des primaires démocrates ou cherche-t-il, au contraire, à lui barrer la route de la Maison Blanche pour 2012 ? Hillary Clinton aura-t-elle la haute main sur la diplomatie US ou assistera-t-on à une distribution des rôles, M. Obama se consacrant plutôt aux grands dossiers de politique interne et à leur tête la crise économique qui risque de plonger les USA dans une véritable récession ? Entre la Maison Blanche et le département d’Etat, la frontière sera, on le voit, difficile à délimiter.

   Crédité d’un excellent capital de confiance et fort de ces atouts, l’ancien Sénateur de l’Illinois aura, à coup sûr, les coudées franches pour avancer et, si nécessaire, de façon rapide. Le fera-t-il ? La règle ou la tradition veut, tout d’abord, que le président américain se montre généralement assez prudent lors de son premier mandat. Le temps, certes, d’asseoir son pouvoir et de voir plus clair mais aussi de se préparer à un second mandat. Libre de toute contrainte électorale c’est alors, pendant son second mandat, qu’il passe sérieusement aux actes, quitte à susciter polémiques et remous. Mais il est aussi une autre caractéristique du système américain : les lobbies et groupes de pression sont légion et relèvent même d’une véritable culture. Obama s’est engagé à les « museler ». Y parviendra-t-il ? A supposer qu’il réussisse, cela prendra du temps. Troisième écueil, enfin, que le nouveau président américain doit surmonter et qui a trait à ce que l’on pourrait appeler de la sociologie politique : on a toujours miroité aux Américains l’existence d’un ennemi potentiel que les USA se doivent de combattre s’ils veulent prospérer et préserver leur sécurité. C’était le cas pour le communisme avec l’ « empire du mal », une formule chère au Président Ronald Reagan pour désigner l’ex-Union Soviétique. Ce fut le cas ensuite pour le terrorisme, sous la présidence Bush, avec l’ «axe du mal» formé par la Corée du Nord, l’Irak et l’Iran. Comment donner, dès lors, à l’opinion US une image plus positive des ennemis d’hier et la convaincre de la nécessité de leur prêter une oreille plus attentive, plutôt que de leur claquer la porte au nez ?

    Pour changer tout un système, en somme, la réussite de l’Administration Obama sera donc tributaire aussi, et peut-être pour l’essentiel, de sa force de pédagogie et d’imagination.

 

Moncef BEN AMOR

 

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