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Archive pour 6.2.2009

Présidents US : ce qu’ils ont en commun


   En plus des études elles-mêmes, certaines carrières nécessitent un profil particulier. Cela est particulièrement vrai pour la politique où d’autres critères entrent en ligne de compte comme la personnalité du sujet, son charisme, ses talents oratoires, sa force de conviction, etc. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’on a suivi telle filière ou que l’on a été dans telle ou telle université que l’on est en droit de prétendre à une carrière politique. Margaret Thatcher, par exemple, qui a fait des études de chimie, était toute destinée à une carrière scientifique. Elle a fini par atterrir à 10 Dowing Street, la résidence officielle des premiers ministres britanniques. Classée en 2008 comme la femme la plus puissante du monde par le magazine américain Forbes, la chancelière allemande Angela Merkel, qui a obtenu un doctorat de physique en 1986, semblait vouée, elle aussi, à une grande carrière scientifique. Mais le destin en a décidé autrement : elle est aujourd’hui à la tête de la troisième puissance économique au monde, après les Etats-Unis et le Japon. Autres exemples, aux Etats-Unis cette fois: rien ne prédestinait George Washington, l’un des pères fondateurs de l’Amérique et dont l’anniversaire est toujours jour férié aux USA, à une carrière politique. Très doué en mathématiques, on le voyait plutôt comme enseignant dans une prestigieuse université. Même chose pour Harry Truman, le 33 ème président américain et dont le nom est associé aux bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki : il n’a jamais franchi la porte d’une enceinte universitaire.

Des exceptions ?

 

  Ce sont des exceptions, serait-on tenté de dire. Soit. Mais il est tout de même une certitude : de la France aux Etats-Unis, bon nombre de ceux qui ont marqué la scène politique, notamment depuis la Seconde guerre mondiale, ont ceci de particulier : ils ont poursuivi des études de droit, et à un degré moindre d’économie, qui leur ont permis, avant d’accéder au sommet du pouvoir, d’exercer au barreau ou d’enseigner à l’université. Homme politique doublé d’un grand intellectuel, François Mitterrand, par exemple, avait terminé des études d’avocat à Paris. Maîtrisard en droit privé, Nicolas Sarkozy a exercé, quant à lui, pendant un certain temps au barreau, avant d’assumer des charges ministérielles.

   Mais c’est aux Etats-Unis que la tendance est encore plus affirmée. Nombre de ceux qui ont fait l’histoire de ce pays ont plus d’un trait en commun. En parcourant leurs biographies, à l’occasion de l’investiture d’Obama, il s’avère, en effet, que certains d’entre eux ont milité dans des organisations secrètes ou étaient des membres plus ou moins actifs de la franc-maçonnerie. Ronald Reagan, par exemple, s’est fait remarquer, dès sa prime jeunesse, par ses diatribes anti-soviétiques. Mieux encore : tout en étant opposé à l’interdiction du Parti Communiste sur le sol américain, il n’éprouvait aucune gène à dénoncer des amis communistes.

   Ce qui retient aussi l’attention, c’est qu’aussi bien à l’école qu’au collège ou à l’Université, certains dirigeants se sont déjà montrés particulièrement brillants. Pour revenir à Obama, il fut, par exemple, le premier afro-américain à présider la fameuse Harvard Law Review (une revue de droit qui fait autorité et dont la Rédaction en Chef a été toujours assurée par un Blanc). Après de brillantes études secondaires, Richard Nixon, qui a dû quitter précipitamment la Maison Blanche en raison du scandale du Watergate (du nom de l’immeuble qui abrite le siège du Parti démocrate à Washington), s’est vu offrir une bourse par la prestigieuse Université Harvard  Il n’y mettra cependant jamais les pieds et pour cause : ses parents n’avaient pas les moyens de lui payer les autres frais d’études. Encore lycéen, Bill Clinton sera choisi, quant à lui, pour faire partie d’une délégation d’élèves sélectionnés pour leur mérite pour une visite de la maison blanche. C’est là qu’il rencontre John Kennedy et avec lui le rêve – pourquoi pas ?- d’un avenir hors du commun.

 

 

Quatre mandats successifs

 

   Autre trait en commun : la nature des études ou le cursus, comme on dit, et là, les noms de deux prestigieuses universités, à savoir Yale et Harvard, reviennent constamment dans ces biographies. Avocat en droit civil, Barack Obama, pour revenir encore une fois à lui, a enseigné le Droit Constitutionnel à l’Université de Chicago. Après des études de droit à l’Université Duke, en caroline du Nord, Richard Nixon est devenu, quant à lui, un avocat bien connu de la ville de New york. Bill Clinton, le second président américain à échapper à une procédure d’empeachement (destitution) en raison de l’affaire Lewensky, a poursuivi, lui aussi, des études de droit à l’Université Yale. Franklin Roosevelt, le seul président américain à avoir accompli quatre mandats successifs et l’un des principaux acteurs de la Seconde guerre mondiale, fut engagé, dès 1908, en qualité d’avocat par un prestigieux cabinet d’affaires de Wall Street. Partisan de la politique dite du Big Strick (gros bâton) et, paradoxalement, Nobel de la paix en 1906, Théodore Roosevelt, a poursuivi, lui aussi, des études de droit à l’université harvard. Abraham Lincoln, dont le nom est associé à la guerre de Sécession et à l’abolition de l’esclavage et qui est mort assassiné par un extrémiste, a pour sa part commencé à exercer comme avocat en 1937.Thomas Jefferson, enfin, qui faisait partie de l’élite des lumières et qui a réussi à doubler la superficie des Etats-Unis, en rachetant la Louisiane à Napoléon, a été  également admis au barreau.

 

Moncef BEN AMOR

 

Feux de forêt !


   L’économie a son propre vocabulaire. Le mot délocalisation, par exemple, signifie qu’une entreprise choisit de changer de domicile, en s’installant dans un autre pays où elle est assurée de produire la même qualité, à moindre coût. Le mot sous-traitance signifie, quant à lui, que pour des raisons de coût, de marché ou de proximité géographique, une entreprise se débarrasse d’une partie de ce qu’elle produit pour la confier à une autre.

   Avec les premières annonces de Barack Obama, on se rend compte que ces deux mots peuvent avoir aussi une autre signification, politique celle-là.

   Pour des raisons non de gain de productivité mais d’opportunisme politique, la CIA – l’agence centrale américaine de renseignement - a en effet été autorisée, sous la présidence Bush, à ouvrir des prisons secrètes à l’étranger, notamment sur le sol européen. Mieux encore : avec la complicité, voire la bénédiction de dirigeants européens et autres peu regardants sur l’intégrité morale et physique des êtres humains, c’est à des agents de services étrangers qu’a été confiée aussi la sale besogne de faire parler  des gens enlevés à l’étranger par la CIA, souvent en plein jour et en pleine rue, dans le cadre de la lutte anti-terroriste.

   En décidant la fermeture de ces prisons, en plus de celle de Guantanamo, c’est, au-delà d’un double aspect politique et moral évident, des feux de forêt qu’Obama risque, en fait, de rallumer sous d’autres cieux, de nombreuses personnalités européennes, dont des parlementaires, ayant déjà demandé – en vain- que le voile entourant cette affaire soit levé.

 

Moncef BEN AMOR

 

 


Au nom de la crise !

Ceux qui s’attendaient à des avancées lors du forum Economique Mondial de Davos en ont pour leurs frais. Pour diverses raisons, de nombreux acteurs de la scène économique mondiale n’ont pas fait le déplacement et au lieu de focaliser sur les raisons profondes de la crise et les moyens de la surmonter, le débat a glissé parfois sur le terrain politique. Vladimir Poutine, le premier ministre russe, a pointé du doigt les Etats-Unis et la Chine. Christine Lagarde, ministre française de l’Economie, a tiré, quant à elle, la sonnette d’alarme : la crise économique mondiale risque, a-t-elle prévenu, de provoquer des «troubles sociaux» et le retour du protectionnisme. Le pire est-il donc à craindre ? Pas forcément. Un second sommet du G20 doit se tenir début avril à Londres en présence, cette fois, du nouveau président américain et ce sera peut-être l’occasion de voir un peu plus clair.

  Il y a eu des crises par le passé et il y en aura certainement dans le futur. La situation, cette fois, est cependant autrement plus complexe. Au nom d’un néo-libéralisme cher à la droite conservatrice américaine, on s’est fié, ces dernières années, des deux côtés de l’Atlantique, au libre jeu de la concurrence. Les pouvoirs publics se sont faits – volontairement ou non – quelque peu discrets, laissant le champ libre à l’émergence de pratiques peu orthodoxes, pour ne pas dire tout à fait malhonnêtes. A la logique de l’offre et de la demande, qui est le propre d’une économie saine, il s’est substitué en effet peu à peu, et comme par enchantement, une logique spéculative qui, s’étendant d’un secteur à l’autre, a fini par « contaminer » tout le système économique mondial.

  Au commencement, ce furent les fameuses subprimes ou plus exactement ces créances immobilières que les banques US n’étaient plus en mesure de récupérer, faute de garanties sérieuses. Cela a fini par précipiter au bord du gouffre tout le système financier américain Il y a eu ensuite l’envolée des prix pétroliers, avec un baril trois à quatre fois plus cher qu’avant alors qu’il n’y avait aucun signe d’une augmentation subite de la demande. Il y a eu, enfin, le renchérissement spectaculaire de certains produits alimentaires comme le riz dont les cours ont été multiplié par dix passant, en très peu de temps, de 40 à 400 dollars US la tonne.

  Ce qui ajoute à la confusion, c’est que, sous certains cieux, les pouvoirs publics sont confrontés, de nos jours, à un véritable dilemme : d’un côté, ils sont obligés de puiser dans l’argent des contribuables pour sauver de la faillite des banques ou des constructeurs automobiles et de l’autre, ils sont révoltés à l’idée que ces banques continuent à verser primes et bonus à leurs employés, traders et autres, comme si de rien n’était. C’est «honteux», a dit Obama, en allusion aux sociétés de Wall Street qui ont versé à leurs employés en 2008 la coquette somme de 18,6 milliards de dollars en primes et bonus. Appelant les banques à se serrer la ceinture, le président français Nicolas Sarkozy a laissé, lui aussi, éclater sa colère, en apprenant que deux des principales banques françaises continuaient à verses primes et bonus et que pour certains traders parisiens qui occupent le haut du pavé, le montant de ces bonus pouvait atteindre les dix à douze millions d’euros par an.

  Comment éviter qu’au nom de la crise, l’argent des contribuables ne finisse dans les poches de gens peu scrupuleux, banquiers et autres ? Utiliser l’argent des contribuables pour maintenir à flot des secteurs menacés par la crise, comme la finance ou la construction automobile, n’implique-t-il pas que les pouvoirs publics aient aussi un droit de regard sur la façon dont sera géré cet argent et donc, le retour à un certain dirigisme ? Les vastes programmes de relance et de sauvetage annoncés ici et là et où le volet social est loin d’être négligeable ne sont-ils pas annonciateurs d’un retour à l’Etat-providence que l’on croyait bel et bien fini ?

  Autant de questions, en somme, auxquelles, il faut bien l’espérer, le prochain sommet de Londres tentera d’apporter des réponses.

Moncef BEN AMOR

 

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