Gaz naturel : la Tunisie dans le club des exportateurs !

Vers la création à Tunis d’une Ecole Supérieure de formation d’ingénieurs spécialisés

Pour son Forum International annuel, l’hebdomadaire Réalités a choisi, cette fois, un thème qui est au cœur même de l’actualité, vu le passage d’une extrêmité à l’autre qu’ont connu, en 2008, les prix pétroliers. De plus de 140 dollars le baril, ils sont tombés, en effet, à 40 dollars et même un peu moins, alors que la demande mondiale n’a subi, sous l’effet de la crise, qu’une baisse somme toute relative. Thème choisi : « quelle stratégie tunisienne pour le secteur pétrolier et gazier : de la prospection à la commercialisation ? »

Ayant eu pour cadre un hôtel de la banlieue Nord de Tunis, le forum a été organisé en collaboration avec le ministère de l’Industrie, de l’Energie et des PME et la compagnie OilLibya.

Introduisant les débats, M. Taieb Zahar, Directeur de Réalités, s’est livré à une double interrogation . Primo : vu la nouvelle donne sur le marché mondial, est-ce que les compagnies pétrolières vont continuer à prospecter et si oui, comment faire pour les retenir ? Secundo : le projet de réalisation d’une nouvelle raffinerie à la Skhira sera-t-il maintenu ou non ?

Ce fut ensuite au tour de M. Abdelaziz Rassâa, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Industrie, de l’Energie et des PME, de présenter les grandes lignes de la stratégie tunisienne en matière d’énergie. Des amendements, a-t-il indiqué, ont été introduits dans le Code des Hydrocarbures afin de mettre en place un cadre plus incitatif, garantissant une meilleure dynamique au niveau du secteur de l’énergie et notamment de la prospection des hydrocarbures dans les horizons profonds. Le gaz naturel assure aujourd’hui plus de 40 % des ressources nationales et répond à 45 % de la demande. La période 2005-2008 a été marquée par une vingtaine de nouvelles découvertes et les projets gaziers en cours ou à court terme comme le champ Hasdrubal ou le projet « Gaz du Sud » devraient permettre, a-t-il ajouté, de dégager un excédent et donc, d’ouvrir la voie à l’exportation . Une centaine de communes supplémentaires seront raccordées d’ici à 2011 au réseau national du gaz naturel ; ce qui portera le nombre total d’abonnés à 700.000. M. Rassâa a également annoncé la promulgation de l’amendement de la loi de maîtrise de l’énergie de 2004, en vue d’encourager la réalisation de projets privés appuyant les efforts nationaux en matière d’énergie.

Fuite de cerveaux

Pour M. Khaled Ben Cheikh, Président-directeur général de l’ETAP (Entreprise Tunisienne d’Activités Pétrolières), la nouvelle donne sur le marché mondial a engendré un départ massif de compétences tunisiennes. D’où la double nécessité d’une part de réfléchir à un nouveau système de rémunérations plus attractif et de l’autre, d’assurer la formation de nouveaux cadres. Sachant, a-t-il expliqué, que les ingénieurs formés dans les Ecoles de Tunis et de Sfax le sont dans la géologie générale et non la géologie pétrolière. Pour être opérationnels, il leur faut une formation complémentaire d’environ dix-huit mois. A cet effet, des contacts, a-t-il révélé, sont en cours avec des partenaires français pour la création à Tunis d’une Ecole Supérieure pour la formation d’ingénieurs spécialisés.

Le secrétaire d’Etat et MM. Mohamed Akrout et Khaled Ben Cheikh, respectivement Directeur Général de l’Energie et PDG de l’ETAP, sont intervenus à plusieurs reprises pour répondre aux interrogations des présents, représentants de compagnies pétrolières, consultants et autres.

Un pipeline Skhira -Gabès

Pour l’année en cours, les prix pétroliers devraient, ont soutenu nombre d’intervenants, se stabiliser autour des 40-45 dollars le baril. Ce n’est qu’à partir de 2010 qu’ils pourraient repartir à la hausse. Au niveau local, les prix des carburants seront désormais sujet à des variations – à la hausse ou à la baisse- une fois tous les trois mois. La production nationale de pétrole atteint, à l’heure actuelle, les 90.000 barils par jour, soit à peu près le même niveau que celui de la Libye et de l’Algérie, si l’on tient compte de l’étendue des territoires de nos deux voisins. Une différence tout de même : en Tunisie, il faut descendre jusqu’à 4500 mètres de profondeur pour trouver du pétrole ou du gaz, alors que la norme est de 4000 et même un peu moins chez nos voisins. Autre détail : les quantités de pétrole raffinées en Tunisie sont conformes à 100 % aux normes européennes. 35 % d’entrer-elles sont d’origine locale et il s’agit principalement de pétrole léger, alors que le reste, soit 65 %, et qui est constitué essentiellement de pétrole lourd, est importé de Libye

En matière de gaz naturel et avec la mise en exploitation, à compter de juillet prochain, du champ d’Hasdrubal, la Tunisie deviendra, peu à peu, excédentaire. Comment et vers qui exporter notre excèdent de gaz naturel ? Un pipeline doit relier la Skhira au port de Gabès et nous sommes en pourparlers avec des partenaires italiens et autres, a dit le premier responsable de l’ETAP, pour voir comment nous positionner sur le marché européen

Dernier point, enfin, soulevé, quoique de façon sommaire, lors de ce forum : si l’importation et la commercialisation du kérosène sont déjà libres, il n’en sera pas de même, à brève échéance du moins, pour les autres produits énergétiques.

Moncef BEN AMOR

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