Madoff, un éléphant émissaire ?

Trois semaines avant la tenue du G20 à Londres le 2 avril prochain, Bernard Madoff vient d’être incarcéré en prison à New York. Poursuivi pour pas moins de 11 chefs d’inculpation, parmi lesquels « blanchiment d’argent, faux et usage de faux, fraudes sur des titres financiers, transactions et courriers électroniques», le courtier new-yorkais et ancien président du Nasdaq, a mis en place une vaste fraude pyramidale réévaluée à 65 milliards de dollars. Même si le verdict dans cette affaire sera connu le 16 juin, l’annonce de son incarcération par le juge Denny Chin, a suscité une salve d’applaudissements. Madoff, âgé de 70 ans a plaidé coupable et risque la prison à vie. Il a refusé l’idée d’un complot conspiracy »), apparemment pour protéger ses complices, et s’est dit désolé pour tout ce qu’il a fait, et douloureusement conscient du mal qu’il a causé à de nombreuses personnes. Cette première audience judicaire aux USA, dans le contexte de la crise financière et économique que traverse le monde, n’a qu’un effet symbolique, car l’identification des parties (institutions et individus), responsables de cette crise n’est pas facile et n’entre pas dans la stratégie des décideurs occidentaux. Leur stratégie consiste à renflouer le système, éviter la faillite des banques (excepté celle des Lehmann) et des assurances, mettre en place des projets de relance économique, et enfin procéder à la refonte du système monétaire et financier international sur la base d’une meilleure transparence, surveillance et régulation avec un rôle majeur à attribuer au FMI qui sera doté d’un budget trois fois plus important de l’ordre de 500 milliards de dollars. La question des poursuites a été écarté ou presque, et n’a jamais eu la priorité. L’inculpation de Kerviel ou de Madoff, ne sont que des cas isolés, peut-être deux boucs émissaires, mais certainement deux arbres qui cachent la forêt. Un réseau de crimes économiques où chaque institution financière, agence de notation, bourse, courtier, a trempé son doigt de près ou de loin, n’est pas à mettre au pied du pilori. Il suffit de quelques procès hyper-médiatisés pour produire un certain soulagement auprès de l’opinion publique et surtout auprès des victimes ! La France et l’Allemagne ont prôné un « mécanisme de sanctions » international contre les paradis fiscaux, dans une déclaration commune publiée à l’issue d’un conseil des ministres franco-allemand à Berlin le 12 mars dernier. Cet appel ne doit pas être perçu comme un pas vers une meilleure transparence et dans le but de faire prévaloir la justice, mais comme un moyen de saper un pays comme la Suisse qui a fondé son économie autour de la qualité de ses services bancaires érigés autour du principe de l’inviolabilité du secret bancaire. Une idée sarkozyenne, dans  le même ordre que celles exprimées par certaines parties, n’ayant jamais accepté, depuis des décennies, le statut de neutralité de la Suisse. Un pays jalousé et que certains ont intérêt à déstabiliser, alors qu’il ne s’est jamais dérobé de contribuer avec la justice et le fisc des autres pays.

Nous espérons que toute la lumière sera faite sur « le complot » qui a provoqué la crise actuelle et ne passera pas sous silence comme ce fut le cas des pseudo-faillites d’orfèvre-banquiers en Espagne, précipitant sa chute et la perte de tout ce qu’elle a pu accumuler comme métaux précieux, en provenance du nouveau continent à une époque où prévalait la doctrine mercantiliste. Subitement, les orfèvres s’étaient évaporés et l’or bien avant eux ! La montée de la Grande–Bretagne en tant que puissance ayant connu la révolution industrielle, soutenu par la banque Rothschild (première banque au vrai sens du terme), montre bien que l’argent perdu quelque part finira tôt ou tard par se manifester ailleurs.

Thameur MAATOUG

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