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Archive pour 26.3.2009

L’industrie pharmaceutique en pleine mutation

Depuis quelques mois, l’industrie pharmaceutique mondiale traverse une zone de turbulence. En Europe, crise économique oblige, les gouvernements sont en train de peser sur les prix dans le but de limiter les dépenses publiques de santé ; tandis qu’aux Etats-Unis la réforme du système de santé annoncée par Barack Obama fait craindre une baisse des prix des médicaments. Par ailleurs, les deux tiers des médicaments traitant les pathologies les plus communes (hypertension, diabète, cholestérol…) sont désormais disponibles sous leur forme générique. Conséquence, les groupes pharmaceutiques sont confrontés à une baisse de leurs ventes. Et comme un malheur ne vient jamais seul, les brevets des médicaments vedettes arrivent à échéance très prochainement. Les laboratoires sont ainsi amenés à repenser leur modèle de développement. “Dans les dix prochaines années, le modèle fondé sur la mobilisation de nombreuses équipes de visiteurs médicaux, de budgets de milliards de dollars dédiés à la diffusion d’échantillons de médicaments gratuits, de millions de dollars consacrés à la publicité télévisée et au démarchage des médecins et des patients sera sérieusement ébranlé”, prédisent les experts de Price Waterhouse Coopers dans une récente étude.

« L’ère des blockbusters (ces médicaments générant plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires) est terminée » confirme un analyste chez Raymond James Euro Equities. « Dans l’avenir, les laboratoires ne voudront plus dépendre de quelques médicaments vedettes. Ils vont chercher à répartir leur portefeuille sur un plus grand nombre de molécules ».

Cependant, développer des molécules suffisamment prometteuses pour espérer compenser pareil manque à gagner n’est pas chose aisée. C’est ainsi que malgré des dépenses en R&D supérieures à 70 milliards d’euros par an pour l’ensemble du secteur, le portefeuille produits des « big pharma » ne s’est pas étoffé au cours des dernières années (la productivité de la recherche pharmaceutique est devenue la plus faible de tout le monde industriel). Ce qui fait dire à Jean Pierre Garnier le PDG du laboratoire britannique GSK (qui va quitter son poste au mois de mai) «C’est une industrie qui va vivre ou mourir, selon sa capacité d’innovation». « Tous les groupes pharmaceutiques sont désespérés » estimait, au mois de janvier, une analyste chez Crédit Suisse. « Des accords de fusion devraient marquer le commencement d’une année de consolidation du secteur ».

C’est ainsi que six semaines après le rachat du laboratoire américain Wyeth par son compatriote Pfizer pour 68 milliards de dollars, créant un colosse au chiffre d’affaires combiné de 75 milliards de dollars, une autre opération géante vient d’avoir lieu. Merck a annoncé, lundi 9 mars, l’acquisition de Schering-Plough pour 41.1 milliards de dollars. Le nouvel ensemble totalisera un chiffre d’affaires de 47 milliards de dollars, ce qui en ferait le numéro deux mondial. La troisième place reviendrait au groupe suisse Roche qui tente, en ce moment, de mettre la main sur les 44,4 % qu’il ne détient pas encore du laboratoire américain Genentech se lançant ainsi dans la course aux biotechnologies. Et la liste ne s’arrêtera pas là. En effet, l’américain Bristol-Myers Squibb et le britannique Astrazeneca, fragilisés par l’expiration de plusieurs de leurs brevets entre 2010 et 2014, sont régulièrement cités parmi les cibles potentielles.

Mahmoud ANNABI

Des statuettes chinoises aux lunettes de Gandhi


A une semaine d’intervalle, deux ventes aux enchères ont défrayé la chronique, fin février et début mars. La première présentait à la galerie Christie’s à Paris 700 œuvres amassées en un demi siècle par Yves Saint-Laurent et son compagnon Pierre Bergé dont deux têtes de bronze chinoises, et la seconde, qui a eu lieu à la maison d’enchères genevoise   Antiquorium Auctioneers, proposait entre autres, des effets personnels de Mahatma Gandhi.
La polémique est provoquée par les protestations des gouvernements chinois et indien qui récusent la propriété de ces biens à leurs détenteurs actuels  arguant la spoliation pure et simple de leurs patrimoines nationaux par les puissances occidentales au temps de la colonisation et des expéditions punitives.
En effet, les deux sculptures, une tête de rat et une tête de lapin dont la Chine a tenté en vain de faire interdire la vente, ont été dérobées en 1860 lors du pillage par les Français et les Britanniques du Palais d’été de Pékin (le Versailles chinois), pendant la seconde guerre de l’opium. Ce qui avait fait dire déjà à Victor Hugo en 1861, interrogé à ce sujet par un capitaine britannique « Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l’expédition de Chine (…) faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l’empereur Napoléon (…), le voici : Il y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s’appelait le Palais d’été (…). Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît (…). L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits (…). Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. (…) L’Empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il étale aujourd’hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été. J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée. En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate. (…) »
 Pierre Bergé a fait monter la pression d’un cran déclarant qu’il était «prêt à offrir les têtes à la Chine, contre les droits de l’homme et la liberté au Tibet». Finalement, c’est un homme d’affaires chinois qui a emporté cette enchère pour 31 millions d’euros et qui a annoncé par la suite qu’il refusait de payer, créant un nouveau rebondissement. L’affaire n’est sûrement pas terminée.
La deuxième polémique concerne la vente d’objets ayant appartenu à Gandhi : des lunettes, une paire de sandales en cuir, une montre de gousset, un plat et un bol. New Delhi s’est activée pendant plusieurs jours pour récupérer ces objets emblématiques du père de l’indépendance de l’Inde. Face au tollé, le propriétaire des biens a déclaré avoir donné son feu vert pour les rendre aux autorités indiennes, à condition que New Delhi s’engage à augmenter ses dépenses de santé pour les pauvres. Finalement, un milliardaire indien a remporté la mise pour 1,8 million de dollars et a assuré que la collection retournera en Inde.
Ces deux affaires révèlent une nouvelle mise en cause par les Etats de la légitimité de la vente de certains objets d’art ou de collection.
Aujourd’hui, bien des peuples réclament ce qu’ils considèrent  comme un pan de leur histoire et de leur patrimoine. Il faudra s’attendre à ce qu’à l’avenir le moindre objet d’art, la moindre collection ayant une quelconque valeur sociale, fasse l’objet de contestation et soit source d’opposition. La révolte sur le marché de l’art semble juste commencer.

Mahmoud ANNABI


Le dollar contesté sur fond d’actifs toxiques

La Chine qui détient des réserves de près de 2000 milliards libellés en majeure partie en dollars, a plaidé pour une monnaie de réserve internationale qui remplace le dollar. Son Gouverneur de la Banque Centrale pense aux DTS (Droits de Tirage Spéciaux) émis par le FMI, qui prendraient la relève en tant que monnaie de réserve internationale. Cette idée a été fraîchement balayée par Washington et Bruxelles, alors que du côté du FMI le numéro 2 John Lipsky l’a accueillie favorablement, tout en la qualifiant de proposition sérieuse n’ayant pas un caractère urgent, mais qui mérite d’être examinée comme une question à approfondir sur le long terme. Quant à la Russie, elle a déjà proposé que le Sommet du G20 qui sera tenu le 2 avril, discutera d’une monnaie de réserve supranationale. Cette proposition montre le degré d’inquiétude qu’éprouve la Chine et la Russie, voire d’autres à propos du risque lié au dollar américain, sachant que l’économie américaine se trouve sous l’emprise d’actifs toxiques, ayant grippé le système bancaire américain et transmis l’onde ailleurs dans le monde.
Cette situation qui a nécessité l’intervention de l’Etat américain avec la mise en place d’un plan de sauvetage bancaire de 700 milliards de dollars et un plan de relance économique d’un peu moins de 800 milliards de dollars, outre les mesures prises par l’UE et les pays européens et d’autres pour faire face à la récession, n’ont pas suffi. En effet, le Trésor US, vient d’annoncer un nouveau plan pour s’attaquer aux actifs douteux qualifiés aussi de toxiques. Baptisé « PPIP », Public-Private Investment Program, il vise à assainir les banques et dégripper l’offre de crédit. Mais il s’agit d’un pari risqué associant l’Etat et le secteur privé, prévoyant l’achat de 1000 milliards de titres non liquides. Ce nouveau marché d’actifs toxiques est le prolongement institutionnalisé d’instruments financiers peu orthodoxes et à risques. Obama qui avait défendu le fait que l’Etat doive prendre un risque, n’a pas manqué de plaider la confiance dans l’économie américaine en réponse à la Chine : «Je ferais remarquer que le dollar est extraordinairement fort en ce moment», ajoutant : «Et la raison pour laquelle le dollar est fort en ce moment, c’est parce que les investisseurs considèrent que les Etats-Unis ont l’économie la plus forte au monde, avec le système politique le plus stable au monde».
Thameur MAATOUG

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