A une semaine d’intervalle, deux ventes aux enchères ont défrayé la chronique, fin février et début mars. La première présentait à
La polémique est provoquée par les protestations des gouvernements chinois et indien qui récusent la propriété de ces biens à leurs détenteurs actuels arguant la spoliation pure et simple de leurs patrimoines nationaux par les puissances occidentales au temps de la colonisation et des expéditions punitives.
En effet, les deux sculptures, une tête de rat et une tête de lapin dont la Chine a tenté en vain de faire interdire la vente, ont été dérobées en 1860 lors du pillage par les Français et les Britanniques du Palais d’été de Pékin (le Versailles chinois), pendant la seconde guerre de l’opium. Ce qui avait fait dire déjà à Victor Hugo en 1861, interrogé à ce sujet par un capitaine britannique « Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l’expédition de Chine (…) faite sous le double pavillon de
Pierre Bergé a fait monter la pression d’un cran déclarant qu’il était «prêt à offrir les têtes à la Chine, contre les droits de l’homme et la liberté au Tibet». Finalement, c’est un homme d’affaires chinois qui a emporté cette enchère pour 31 millions d’euros et qui a annoncé par la suite qu’il refusait de payer, créant un nouveau rebondissement. L’affaire n’est sûrement pas terminée.
La deuxième polémique concerne la vente d’objets ayant appartenu à Gandhi : des lunettes, une paire de sandales en cuir, une montre de gousset, un plat et un bol. New Delhi s’est activée pendant plusieurs jours pour récupérer ces objets emblématiques du père de l’indépendance de l’Inde. Face au tollé, le propriétaire des biens a déclaré avoir donné son feu vert pour les rendre aux autorités indiennes, à condition que New Delhi s’engage à augmenter ses dépenses de santé pour les pauvres. Finalement, un milliardaire indien a remporté la mise pour 1,8 million de dollars et a assuré que la collection retournera en Inde.
Ces deux affaires révèlent une nouvelle mise en cause par les Etats de la légitimité de la vente de certains objets d’art ou de collection.
Aujourd’hui, bien des peuples réclament ce qu’ils considèrent comme un pan de leur histoire et de leur patrimoine. Il faudra s’attendre à ce qu’à l’avenir le moindre objet d’art, la moindre collection ayant une quelconque valeur sociale, fasse l’objet de contestation et soit source d’opposition. La révolte sur le marché de l’art semble juste commencer.
Mahmoud ANNABI