L’industrie pharmaceutique en pleine mutation

Depuis quelques mois, l’industrie pharmaceutique mondiale traverse une zone de turbulence. En Europe, crise économique oblige, les gouvernements sont en train de peser sur les prix dans le but de limiter les dépenses publiques de santé ; tandis qu’aux Etats-Unis la réforme du système de santé annoncée par Barack Obama fait craindre une baisse des prix des médicaments. Par ailleurs, les deux tiers des médicaments traitant les pathologies les plus communes (hypertension, diabète, cholestérol…) sont désormais disponibles sous leur forme générique. Conséquence, les groupes pharmaceutiques sont confrontés à une baisse de leurs ventes. Et comme un malheur ne vient jamais seul, les brevets des médicaments vedettes arrivent à échéance très prochainement. Les laboratoires sont ainsi amenés à repenser leur modèle de développement. « Dans les dix prochaines années, le modèle fondé sur la mobilisation de nombreuses équipes de visiteurs médicaux, de budgets de milliards de dollars dédiés à la diffusion d’échantillons de médicaments gratuits, de millions de dollars consacrés à la publicité télévisée et au démarchage des médecins et des patients sera sérieusement ébranlé », prédisent les experts de Price Waterhouse Coopers dans une récente étude.

« L’ère des blockbusters (ces médicaments générant plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires) est terminée » confirme un analyste chez Raymond James Euro Equities. « Dans l’avenir, les laboratoires ne voudront plus dépendre de quelques médicaments vedettes. Ils vont chercher à répartir leur portefeuille sur un plus grand nombre de molécules ».

Cependant, développer des molécules suffisamment prometteuses pour espérer compenser pareil manque à gagner n’est pas chose aisée. C’est ainsi que malgré des dépenses en R&D supérieures à 70 milliards d’euros par an pour l’ensemble du secteur, le portefeuille produits des « big pharma » ne s’est pas étoffé au cours des dernières années (la productivité de la recherche pharmaceutique est devenue la plus faible de tout le monde industriel). Ce qui fait dire à Jean Pierre Garnier le PDG du laboratoire britannique GSK (qui va quitter son poste au mois de mai) «C’est une industrie qui va vivre ou mourir, selon sa capacité d’innovation». « Tous les groupes pharmaceutiques sont désespérés » estimait, au mois de janvier, une analyste chez Crédit Suisse. « Des accords de fusion devraient marquer le commencement d’une année de consolidation du secteur ».

C’est ainsi que six semaines après le rachat du laboratoire américain Wyeth par son compatriote Pfizer pour 68 milliards de dollars, créant un colosse au chiffre d’affaires combiné de 75 milliards de dollars, une autre opération géante vient d’avoir lieu. Merck a annoncé, lundi 9 mars, l’acquisition de Schering-Plough pour 41.1 milliards de dollars. Le nouvel ensemble totalisera un chiffre d’affaires de 47 milliards de dollars, ce qui en ferait le numéro deux mondial. La troisième place reviendrait au groupe suisse Roche qui tente, en ce moment, de mettre la main sur les 44,4 % qu’il ne détient pas encore du laboratoire américain Genentech se lançant ainsi dans la course aux biotechnologies. Et la liste ne s’arrêtera pas là. En effet, l’américain Bristol-Myers Squibb et le britannique Astrazeneca, fragilisés par l’expiration de plusieurs de leurs brevets entre 2010 et 2014, sont régulièrement cités parmi les cibles potentielles.

Mahmoud ANNABI

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