Dernière ligne droite pour la troisième licence de téléphonie en Tunisie

Le processus d’attribution d’une nouvelle licence en Tunisie pour l’installation et l’exploitation d’un réseau public de télécommunications en vue de fournir des services dans le fixe et le mobile 2G/3G, est un épisode majeur de l’économie et des finances tunisiennes. Ce processus qui, depuis son lancement, avait attiré de grosses étiquettes parmi les opérateurs de télécommunications et Institutions financières, rappelle encore une fois le suspense qui a accompagné les deux autres épisodes concernant l’attribution de la deuxième licence d’une part et la privatisation de Tunisie Télécoms, de l’autre. Si seule la moitié des postulants à cette troisième licence sont encore dans la course, la prorogation du dernier délai de soumission des offres au 20 mai 2009, pourrait voir encore quelques désistements ou abandons. Parmi les prétendants, à priori encore en lice, on trouve les figures habituelles qui ont participé aux processus précédents remportés respectivement par Orascom et TECOM-DIG. Ces figures qui continuent à croire en leurs chances ne sont autres que Vivendi dont on se souvient de la cérémonie célébrant prématurément les 35% de Tunisie Télécom deux jours avant l’ouverture des plis, en se référant à sa position en tête du premier tour. Il s’agit également de France Télécom qui fait toujours dans le médiatique en organisant des conférences de presse importantes avec les journalistes en y exposant ses bonnes intentions et dispositions, comme si c’étaient les journalistes qui accordaient les licences ! Il y a également les plus discrets opérateurs du Golfe, le saoudien STC qu’on dit très motivé cette fois-ci, comme à chaque fois, et l’émirati Ittisalat qui a cru jusq’au bout à ses chances dans le processus Tunisie Télécom. 

Il est à rappeler aussi que ce processus d’attribution, présente des particularités par rapport aux deux précédents, car il s’agit d’une (ou de plusieurs) licence globale qui combine non seulement les services d’installation et d’exploitation de téléphonie fixe et mobile, mais aussi les services Internet et la télévision numérique. La licence est donc dotée d’un grand éventail de services. Cela dit, tout revirement de tendance est non seulement possible, mais très probable au vu des épisodes précédents. En effet, on se rappelle comment Telefonica a été retenue comme adjudicataire provisoire à l’ouverture des plis lors du premier round du processus d’attribution de la deuxième licence de téléphonie mobile pour 381 millions de dollars en juillet 2001. Mais jugeant que cette offre n’était pas en adéquation avec la valeur de la licence, le processus a été déclaré infructueux et il a été relancé un deuxième processus d’appel d’offres qui a abouti à la sélection d’Orascom en mai 2002. Le groupe égyptien de télécommunications a offert la modique somme de 454 millions de dollars, payable sur deux tranches à un moment où plus personne ne finançait les télécommunications et dans une période où les opérateurs européens avaient très mauvaise presse, car ils s’étaient endettés lourdement en acquérant des licences 3G pour plusieurs milliards d’euros dont la rentabilisation laissait dubitatifs bien des analystes financiers, peu de temps après les avoir applaudis et soutenus. C’est donc dans ce contexte difficile de bulle des télécoms que, pour trouver de l’argent ailleurs que chez les banquiers et les boursiers, l’entreprise égyptienne a dû céder non sans mal, le groupe Telcel et ses 14 opérateurs situés en Afrique subsaharienne, qui n’étaient pas au mieux de leur forme en ces temps là. A l’approche de la deuxième échéance, étant encore embourbé en Algérie où l’introduction un an avant la Tunisie ne s’était pas faite du bon pied, Orascom dût lâcher du lest en Tunisie. L’opérateur koweïtien Wataniya rachète 50% des parts d’Orascom télécom tunisia pour l’aider à améliorer sa situation financière et honorer son engagement pour la deuxième tranche.

Quant aux péripéties autour de l’acquisition des 35% du capital de l’opérateur public Tunisie Télécoms, cette opération qui prédestinait Vivendi Universal, en tête au premier tour, a été finalement remportée par Tecom-DIG contre toute attente. En effet, c’est ce dernier qui a fortement surenchéri avec une offre historique s’élevant à 3,052 milliards de dinars tunisiens, présentée lors de l’ouverture des plis en séance publique à Tunis au second tour des enchères. C’est en relatant l’historique du processus d’attribution de la deuxième licence et de celui de la privatisation de Tunisie Télécoms, que tout est possible et rien n’est prévisible jusqu’au dernier instant en ce qui concerne l’attribution de la troisième licence. La Tunisie qui s’apprête à drainer davantage d’IDE et à jouer un rôle régional en sa qualité de métropole méditerranéenne connaîtra un suspense qui atteindra son paroxysme dans les 72 heures qui viennent. Comme les deux fois précédentes la licence sera attribuée, qu’on se le dise clairement, au plus offrant, car tous les opérateurs qui sont dans la course passeront sans doute sans problème les exigences minimum du cahier des clauses techniques, et il restera à savoir qui mettra le plus sur la table ! 

Thameur MAATOUG et Hichem GUERFALI

A propos Thameur MAATOUG

160360 Sfax

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