Du déclin de professions libérales dites « nobles »

Si je partage presque entièrement l’analyse de l’auteur de l’article « La réforme du cursus universitaire de la formation d’expert comptable en Tunisie : y a-t-il un pilote à bord ? »paru sur «  Leaders.com », il est impératif de souligner certaines choses d’ordre psychologique et d’autres d’ordre scientifique qui n’ont pas été abordées par M. Abdessattar MABKHOUT. En effet le statut social de l’expert comptable comme celui de l’avocat et du médecin ou encore du pharmacien suivent de nos jours une courbe descendante. En fait ces professionnels maîtrisant un art sur la base de connaissances scientifiques étaient pendant le XXème siècle le symbole du savoir et de la décence matérielle. Les ainés, emportés par un «égoisme » et un manque d’anticipation de l’érosion qui touche leurs corps de métiers, suite aux mutations socioéconmiques et culturelles, ne peuvent qu’essayer de rattrapper une position socioéconomique impossible à réhabiliter, car la Société d’aujourd’hui sait très bien que Dr X , médecin de profession n’est pas le détenteur du savoir en ce qui concerne l’art qu’il exerce, il existe bel et bien des spécialistes, des assistants hospitalo-universitaires et des Professeurs de médecine qui le devancent en savoir et en notoriété. Une certaine frange de la Société sait très bien que même les professeurs de médecine de par le Monde ne prétendent plus au Nobel de Médecine qui devient l’apanage des scientifiques purs et durs ( Physiciens – Généticiens – Biologistes – …).
 Dans cet ordre d’idée,il est malheureux de dire que l’Ecole Supérieure des Avocats a été combattu par les ainés avant de voir le jour et ce grace à l’effort du gouvernement dans le sens de sa création. Il est décevant de constater que les maitres de la profession n’accordent presque rien à leurs cadets stagiaires et ne les engagent pas définitivement dans leurs cabinets sauf s’il s’agit de leurs descendants  Une telle situation diffère de ce qui existe dans les pays développés où chaque pionnier est entouré d’une équipe de juniors et de cadets qui font carrière au sein de son cabinet et qui sont payés convenablement. On retrouve le même état d’esprit chez les pharmaciens d’outre mer qui sont toujours prêts à partager une même pharmacie car la présence est obligatoire à l’officine à tout moment. Quant à nos experts comptables, ils ont verrouillé pendant longtemps l’accès à la profession pour se retrouver enfin de compte dans un environnement d’affaires internationalisé pour lequel un savoir-faire plus pointu s’impose. Nos experts comptables qui ignorent presque tout des langues étrangères ( Anglais – Allemand – Italien ) ont des difficultés à communiquer avec des tiers dont les documents ne sont pas en langue française. D’ailleurs la familiarisation à l’approche anglo-saxonne de la comptabilité n’a pas été facile pour eux, habitués seulement à l’approche française. Ils n’ont jamais reçu ou presque lors de leur formation un enseignement sur la construction axiomatique de la comptabilité, cours réservé aux économistes, et ne sont pas habilités à naviguer d’un plan comptable d’un Etat-nation à celui d’un autre  Etat-nation. Cette difficulté résulte de la méconnaissance de l’existence d’un homomorphisme entre la sphère des transactions et actes réels ( ensemble de départ) et la sphère symbolisée ( ensemble d’arrivée). Les comptes représentent en réalité des classes d’équivalence et leur nombre ainsi que leurs significations diffèrent d’un plan comptable à un autre, même s’il ya une tendance universelle vers l’harmonisation et la standardisation. Nos experts comptables ne sont pas capables malheureusement d’étudier les comptes d’une entreprise russe ou grècque même s’ils maîtrisent la langue. Une autre carence dans leur formation consiste au fait que  leur connaissance se limite presque à la comptabilité privée avec ses deux branches ( Comptabilité générale et Comptabilité analitique d’exploitation ). Si leur connaissance en matière de comptabilité nationale est rudimentaire sachant qu’elle ne leur serve pas à grand-chose, leur méconnaissance de la comptabilité publique est décevante car cette matière n’est malheureusement enseignée à ma connaissance sous sa forme pratique qu’à l’ENA. Or l’Etat qui est aussi un acteur économique et donc un tiers pour les autres acteurs ne suit pas les règles de la comptabilité privée, il suit d’autres règles malheureusement non prises en compte dans le cursus de formation des experts comptables. L’Ordre des experts comptables qui a raté d’être plus pesant au plan scientifique, plus  soudé sur le plan corporatif plus encadreur vis-à-vis des nouveaux diplômés et des étudiants qui suivent cette filière, se retrouve incapable s’imposer en interlocuteur de poids quant à toute réforme ou action touchant de près ou de loin à leur profession, notamment en matière de formation universitaire territoire jalousement défendu et gardé par les enseignants universitaires eux-mêmes.
Thameur MAATOUG

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