Education et Ouverture économique

Un article ne suffirait jamais à traiter du sujet de l’Education en général, et particulièrement en Tunisie, un pays émergent en quête de rejoindre, dans quelques années, le peloton des Nations développées. L’acuité de ce sujet est double devant le fait que notre cher pays compte essentiellement sur ses ressources humaines pour atteindre ses objectifs de développement. La Tunisie, un pays qui s’ouvre de plus en plus sur le monde pour jouer un rôle majeur en Méditerranée, en tant que plate-forme régionale pour les services et notamment bancaires, a besoin de rehausser son système d’éducation pour répondre aux besoins des entreprises locales et étrangères, d’une part, mais aussi pour assurer une éducation citoyenne inculquant la fierté de l’appartenance de l’individu à une civilisation trois fois millénaire, multiculturelle et glorieuse. L’ATUGE, a choisi ce thème pour son 19ème forum qui devrait se tenir fin du mois courant pour aborder des aspects comme celui de la corrélation entre l’Education et l’employabilité, le rôle de l’Education dans l’attractivité de la Tunisie… En préalable nous avons voulu apporter cette modeste contribution qui s’articule autour de certains aspects : historique ; actuel et pour l’avenir.
Historique  
Avec l’indépendance, la Tunisie moderne avait consacré une partie essentielle de son budget à l’Education et à la Santé. Deux paris qui ont été gagnés et ont engendré des résultats tangibles. C’était la mobilisation générale, aussi bien du côté de l’Etat, du corps enseignant, de l’administration, que du côté des parents et des élèves. Cet engagement enthousiaste n’a pu perdurer devant les changements qui s’opèrent dans la Société et dans les mentalités,  devenus plus matérialistes. Dans ce sillage, l’enseignant a perdu le statut et la notoriété d’antan. Dans ce contexte, la réussite matérielle devient le critère et la norme. L’élève, l’étudiant et la jeunesse en général , s’est retrouvée face à un manque d’idéal accentué par une situation de chômage qui  frappe une partie importante, même parmi les diplômés du supérieur.
Le système était sélectif et abusait parfois en ce sens. D’ailleurs tous les étudiants  ayant regagné l’Europe ou l’Amérique – pour ne pas dire des pays arabes comme le Maroc, l’Algérie, l’Egypte, la Syrie ou l’Irak – avaient réussi à couronner leurs études supérieures par un diplôme, alors qu’ils étaient rejetés par le système universitaire de leur pays. Cette situation a complètement changé depuis près de deux décennies et l’allègement des exigences a touché aussi bien  le baccalauréat que les différents examens dans les multiples universités du pays. Entre-temps l’Université a perdu cette génération de dinosaures qui professaient et encadraient les étudiants. Parmi eux on peut citer des juristes de renom (A. Ben Dhia, M. Charfi , S.Chaâbène,…), des économistes éminents ( M. Ben Slama, A. Bessaiess, H. Alaya, M. Safra,…), Des Professeurs en médecine ( H. Ben Ayed, M. Ben Hmida,…). Le vide laissé par ces grands professeurs est immense même s’il existe encore dans nos universités certains qui se rapprochent de leur stature, mais il faut l’avouer, ils sont rarissimes.
Situation actuelle
-Le système souffre actuellement d’un manque de formateurs compétents à tous les niveaux du système éducatif (primaire-de base-secondaire-universitaire). En Allemagne, le meilleur produit du système éducatif, soit les 2% qui ont excellé et obtenu les meilleurs résultats sont sollicités et recrutés pour assurer la charge de former les générations futures. Il ne faut pas se leurrer, dans nos établissements scolaires, on peut se retrouver et souvent en face d’enseignants nuls, qui ne maitrisent pas la matière qu’ils sont censés véhiculer aux étudiants.
– Les programmes subissent des réformes récurrentes qui ne sont pas toujours justifiées.
– Les enseignants (pas tous ) cherchent à monnayer des cours qu’ils donnent  à des étudiants en privé pour améliorer leurs conditions de vie.
– Les étudiants sont généralement partisans du moindre effort et courent après la note sans chercher à développer leurs connaissances et leurs savoir-faire.
– Le baccalauréat, cette clé obligatoire pour l’accès à l’université n’a pas une valeur unique, car entre un bachelier section Maths ou Sciences expérimentales ayant une moyenne de 12/20 et un bachelier lettres qui n’obtient qu’une moyenne de 8,5/20 dans l’examen du bac mais racheté pour ses « résultats » au cours de l’année, la différence de leur niveaux intellectuels est énorme, même sur le plan rédactionnel et maîtrise des langues. Le «Bachelier lettres » est incapable même de se mesurer à ce bachelier scientifique. La comparaison tournera au ridicule si ce bachelier « Lettres » est confronté à un bachelier sciences expérimentales qui a une moyenne de 16/20 au bac. Ce bachelier « Lettres » pourrait devenir selon le système actuel un enseignant, et à la fac même, un journaliste, un juriste ou un historien, en gardant ses faiblesses linguistiques et logiques incurables. Quelle aberration! Alors que le bachelier « Sc. Expérimentales » pourrait être rejeté par le système universitaire, si pour une raison ou une autre il cale au niveau du premier cycle ou en prépa.
Solutions  proposées
L’Etat, les académies par région, qui n’existent pas dans notre pays mais qui existent en France, pourraient axer leurs interventions principalement sur le niveau scientifique et académique des examens et des épreuves :
-Un examen pour couronner le cycle primaire, avec une épreuve de calcul, une épreuve d’arabe, une épreuve de français, une épreuve d’anglais et une épreuve de culture générale qui pourrait porter sur l’histoire, la géographie, les sciences de la vie ou encore l’éducation civique.  La moyenne de 10/20 est obligatoire dans chacune des épreuves de calcul, de langue arabe et de langue française. Pour réussir dans cet examen de sixième il faut obtenir en plus une moyenne générale de 10/20. Le rachat n’est pas possible. Aucune condition d’âge ne devrait être exigée, aucun itinéraire scolaire ne doit être exigé. C’est aux Parents d’opter et de choisir la formule qui leur convient le plus : école privée, école publique, école buissonnière,  cours à domicile. L’objectif étant de mesurer les connaissances linguistiques et en calcul du candidat, lors de l’examen final.
– Un  autre examen est obligatoire pour l’obtention du diplôme de l’enseignement de base qui portera sur les mêmes matières, sauf que l’épreuve de calcul est remplacée par une épreuve de mathématiques et la moyenne de 10/20 en anglais devient exigible pour réussir l’examen avec toujours la condition d’obtenir au moins une moyenne générale de 10/20.
– Quant à l’Enseignement secondaire, l’Etat doit maintenir l’exigence de son déroulement dans des établissements agréés. Néanmoins, la section « Lettres » doit subir une refonte en introduisant une nouvelle matière qu’on appelle  « logique » qui devrait être enseignée jusqu’en terminale portant sur un enseignement mathématique approprié,  sur l’algorithmique et sur la logique. Néanmoins l’accès à cette section devrait  exiger  l’obtention d’une moyenne de 12/20 dans chacune des trois langues à l’examen  du diplôme de l’enseignement de base. Les autres sections pourraient être maintenues à leur état actuel.

En définitive le système devrait produire des bacheliers, ayant un bon niveau de langues et une formation matheuse pour les scientifiques, et une formation linguistique plus pointue pour les littéraires avec une base en logique et en méthodologie.
Ce sont ces bacheliers qui pourraient affronter les exigences de l’Enseignement supérieur.
Quant aux universités, elles doivent se débarrasser des enseignants incompétents, de recruter des compétences à l’international issues du Bénin, du Maroc ou de toute autre pays. L’essentiel pour elles est de forger leur  notoriété et se maintenir dans le classement. La notation des établissements universitaires, à l’image de ce qui se passe pour les entreprises et les banques à travers les agences de notation, devrait voir le jour et les employeurs (Etat- Entreprises publiques – Entreprises privées) devraient en tenir compte dans leurs recrutements en statuant des bonus pour les diplômés issus des universités cotées.
Thameur MAATOUG

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